Nous y voilà, la vie normale commence à reprendre son cours, la « next-gen » commence à pointer le bout de son nez… et les remakes et remasters se remettent en route pour éventuellement l’accompagner. Pendant ce temps, les éditeurs qui sortent un peu de leur confinement se remettent à faire un peu n’importe quoi sans trop se soucier du consommateur. Y a pas à dire, la vie normale reprend effectivement son cours.

On commence ce récap de la semaine en parlant Next-gen, ou plus précisément d’Epic Games qui a dévoilé cette semaine son Unreal Engine 5. Pour rappel, l’Unreal Engine est un moteur 3D qui, s’il avait donné corps à des jeux comme Deux Ex premier du nom, quelques jeux Harry Potter, Clive Barker’s Undying et bien évidemment Unreal par exemple, domine de la tête et des épaules depuis sa deuxième génération. Une quantité astronomique de jeux étaient basés sur cette deuxième itération, comme la saga des Splinter Cell, Postal 2, XIII, les Brothers in Arms, Killing Floor, Unreal 2, Unreal Tournament 2K3, 2K4, ainsi que les Championship 1 et 2 sur consoles, et j’en passe et des meilleurs. Depuis lors, le moteur graphique n’a plus jamais lâché sa position dominante puisque l’UE3 a donné vie à une grosse partie de la ludothèque PS360 (les Batman Arkham, Mass Effect, Gears of War, Bioshock, Borderlands, Dishonored, DmC: Devil May Cry etc) et l’UE4 à celle de la génération PS4/Xbone (Borderlands 3, Gears 4 et 5, FF VII Remake, Hellblade, PUBG, Fortnite, Shenmue III…).

Epic dévoile donc la nouvelle version du moteur qui pilotera la génération PS5/Xbox Series X par le biais d’une démo qui se nomme Lumen in the Land of Nanite, et le moins que l-on puisse dire, c’est que ça déchire un peu le zgeg.

Les deux points phares mis en avant ici se nomment Nanite et Lumen, des technologies de « géométrie virtualisée » et d’éclairage dynamique globalisé respectivement, dont on vous laisse le soin de voir le détail dans la deuxième vidéo. Elles permettront en gros de travailler avec toujours plus de millards de polygones et de proposer un éclairage dynamique magnifique à grande échelle, à une époque où il devient difficile de trouver un jeu sans monde ouvert inutile.
C’est magnifique, la bêta sera dispo début 2021, c’est compatible PS4/One/Switch/PC/Mobiles également, et c’est toujours utilisable gratuitement, le versement de royalties ne débutera pour le développeur utilisant le moteur qu’au premier million de copies vendues d’un jeu.


On enchaîne en parlant brièvement des concurrents directs d’Epic, Valve. Parce que oui, c’est facile de l’oublier en ce moment, mais Valve a aussi son moteur maison, le Source Engine, en plus de sa boutique en ligne, Steam… et parlons-en justement, de Steam ! Si elle peut encore se targuer d’être la plus grosse plate-forme de vente de jeux-vidéo en ligne, il est difficile d’ignorer que l’Epic Game Store s’amuse de plus en plus à lui boulotter des parts de marché à coups de jeux gratuits tous les mois et de soldes particulièrement agressives. Valve n’avait pas plus réagi que ça jusqu’à présent, en gardant une boutique toujours un peu plus foutraque chaque jour, qui accueille aussi bien des jeux parfaitement respectables que de vulgaires asset-flips parfois même livrés sans exécutable. Et bien Valve aurait décidé de tenter de rendre Steam un peu plus attractif face à la concurrence puisque d’après le data-miner Pavel Djundik, la boite travaillerait sur un système de fidélité à points, oui, comme chez Auchan. Alors on n’en sait pas vraiment plus pour l’instant mais retrouver un système proche de celui de l’eShop de Nintendo, où chaque achat donne des points qui donnent à leur tour une petite réduction sur le prochain, ne serait pas de refus. Ah, et Valve travaillerait aussi sur un système de réactions aux commentaires laissés sur un jeu à la iMessage et Facebook Messenger, mais ça on s’en fout un peu.


On passe maintenant aux deux gros morceaux de cette semaine, en ce qui me concerne, et on commence aveeeec… Tony Hawk’s Pro Skater 1 + 2 !

Oui, Antoine Faucon revient, et il est super content. THPS 1 + 2, qu’il ne faut pas confondre avec THPS 3, est donc un remake des deux premiers volets de la série, qui étaient à l’époque sortis sur Playstation, Nintendo 64 et Dreamcast, en 4K et à destination de la PS4, Xbox One et du PC (pas de Switch pour l’instant, dommage). Contrairement à la compilation soi-disant HD, et par contre ultra-buggée, qui reprenait quelques niveaux par-ci par-là des premiers opus, ce remake contiendra tous ceux des originaux, ainsi que toutes les musiques de l’époque, et tous les skaters (leurs modèles sont par contre calqués sur leur apparence actuelle de quinquagénaires). Ça a l’air d’avoir besoin d’un peu d’optimisation, mais de viser malgré tout le 60 FPS (au moins sur la version PC, qui sera apparemment exclusive à l’Epic Game Store), c’est développé par Vicarious Visions (à qui l-on doit récemment le remake très bien foutu de Crash Bandicoot), et ça sort le 4 septembre. On a hâte de se casser la gueule sur les plus grands moments de la génération MTV version à-risque-COVID19.


Deuxième remake : celui de Mafia premier du nom. Dans le cadre de la sortie de Mafia Trilogy, Microsoft a mis en ligne un peu trop vite la page du remake de Mafia 1, avant de la retirer aussi sec, et on a donc pu en apprécier des images franchement somptueuses de ce qui était l’épisode le plus réussi de la série. On rappelle qu’il ne s’agissait pas ici d’un véritable jeu en monde ouvert à la GTA, mais qu’on était plutôt dans une sorte de mix entre Max Payne (sans cabriole matrixienne) et Driver. La ville de Lost Heaven (la version du jeu de Chicago) était plutôt là pour le décor et la sensation de liberté, pas plus, mais l’histoire et les personnages emportaient vraiment tout fan de films de gangsters. Les musiques d’origine seront conservées… alors croisons les doigts pour qu’il en soit de même pour le doublage français de Tommy Angelo par José Luccioni (doubleur d’Al Pacino entre autres). (Un peu) plus d’infos sur cette news, pour un jeu prévu pour le 28 août 2020 sur PC, PS4 et Xbox One.


On va clore ce récap en reparlant de Doom Eternal, puisque le 1er vrai patch du jeu est enfin sorti… mais cette fois, pas d’éloge. Au contraire, on a encore ici une belle démonstration d’éditeurs/développeurs qui se foutent complètement du consommateur, puisque cette mise à jour contient Denuvo Anti-cheat. Pour faire simple, Denuvo est une boite qui commercialise des DRM (Digital Rights Management) qui ont pour but de compliquer la vie des pirates en brouillant le code du jeu afin d’éviter qu’il soit craqué. Les effets secondaires de ce machinou sont souvent de ralentir le jeu infecté concerné, de le faire planter etc. Mais ici, nous ne parlons pas du DRM Denuvo classique (Anti-Temper), mais de leur Anti-cheat, qui est un système empêchant les joueurs en ligne de tricher. Jusqu’ici, vous ne voyez pas de problème ? Eh bien le gros soucis de cette solution, c’est qu’elle est ultra-invasive, et fonctionne directement au niveau du noyau de votre système, lui donnant ainsi l’accès complet. En d’autre termes, Denuvo Anti-Cheat apporte une faille béante à votre système, une sorte d’appel de phares aux hackers de tout poil pour venir tenter de foutre le Bronx sur votre machine. Ajoutons à ça trois problèmes de taille :

  • Le jeu souffre de nombreux problèmes qui n’était pas présents pré-patch, comme des plantages, des artefacts graphiques, des problèmes de lancement sur Linux et Windows, de grosses chutes de framerate, des temps de chargement plus élevés, et pas mal d’input-lag chez moi par exemple.
  • Le consommateur n’a pas payé pour ça. Là, il est vraiment pris en traître.
  • On ne peut pas désinstaller le bousin sans que le jeu le réinstalle automatiquement au lancement. Même si on ne joue pas en ligne.

Bref, entre ça, la débâcle id/Mick Gordon, et les micro-transaction déguisées en partenariat avec Twitch Prime, ça commence à faire beaucoup. C’est un crève-coeur parce que le jeu en lui-même est un véritable chef-d’oeuvre, mais en l’état, je ne peux plus le conseiller sur PC (Denuvo Anti-Cheat n’est cependant pas intégré à la version console). Pour les anglophones, je vous conseille de suivre cette conversation Reddit pour une explication plus technique.

Il serait peut-être temps d’assainir un peu l’industrie du jeu-vidéo, et de laisser le joueur profiter de son jeu sans entourloupe, sans root-kit, sans manipulation pour avoir du pognon en rab et sans connexion internet obligatoire. Le chemin que prend l’industrie fait peur pour sa pérennité et son archivage, sa conservation. Si je pourrai toujours jouer à Ultimate Doom dans le bus sur une console Android dans vingt ans, je ne suis pas certain de pouvoir toujours profiter d’un Doom Eternal complet quand les serveurs de Bethesda et d’Amazon seront coupés, et que Denuvo aura permis à Gilbert, hacker, 32 ans, de cribler mon PC de vidéos de pangolins goût Corona-virus. Editeurs, vendez-nous des jeux, pas des façons de les utiliser. Sur ce, je vous dis à la semaine prochaine. Bisous bisous.